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Cartographes et voyageuses du
savoir
Qui
dessine le monde et qui a le droit de laisser son nom sur la carte ? Entre
récits historiques et escales musicales, nous explorerons comment la
cartographie a longtemps été un outil de pouvoir et d’exclusion, de la Chine
impériale aux luttes féministes contemporaines. Une traversée de deux heures
pour redécouvrir celles qui, dans l’ombre, ont observé, mesuré et décrit notre
Terre pour mieux se l’approprier.
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13 janvier 2026 CLIQUEZ ICI
Aujourd'hui une émission placée sous le signe des cartes. Pas celles que l’on plie dans sa poche, mais celles qui racontent des histoires de pouvoir, de privilèges, d’exclusions. Les cartes ne sont jamais neutres. Elles reflètent qui a le droit de nommer les lieux, de laisser son empreinte sur le monde.
Alors, qui
dessine le monde ?
C’est la question que nous allons explorer aujourd’hui, en partant sur les
traces des femmes qui ont cartographié le ciel, la terre, la mer, la ville…
souvent sans que leurs noms apparaissent sur les cartes.
Imaginez une
carte du monde. Une de ces
grandes mappemondes anciennes, ou même une carte Google d’aujourd’hui. Regardez
bien les noms qui y figurent : continents, océans, villes, rues… La plupart
sont des noms d’hommes. Explorateurs, rois, scientifiques, généraux qui ont
"découvert", "conquis", "nommé".
Mais
regardez de plus près. Cette carte est incomplète. Elle ment par omission. Depuis toujours, des
femmes ont observé le ciel, mesuré les terres, traversé les océans, dessiné les
villes. Elles ont cartographié le temps, le vivant, les savoirs, les luttes.
Elles ont tracé des lignes, collecté des données, écrit des récits. Elles
ont dessiné le monde.
Pourtant,
leurs noms ont disparu. Leurs gestes ont été effacés. Leurs cartes, signées par
d’autres.
Aujourd’hui,
nous partons à leur rencontre. De la Chine impériale aux laboratoires
océanographiques, des manuscrits médiévaux aux cartes numériques des violences
urbaines, nous suivons leurs pas, leurs histoires oubliées ou redécouvertes,
toujours fascinantes.
Car
cartographier, ce n’est pas seulement tracer des frontières ou des routes. C’est décider qui compte, qui
existe, qui laisse son empreinte. Un acte de pouvoir… et parfois de résistance.
Qui sont ces
femmes ? Comment
ont-elles tracé leurs routes malgré les obstacles ? Que nous apprennent-elles
sur le regard d’aujourd’hui ?
Prêts et
prêtes à lever les yeux vers le ciel, fouler les terres inconnues, plonger dans
les profondeurs, arpenter les villes avec elles ?
Embarquons ! Notre voyage commence maintenant.
Tan Dun – Nu Shu the Secret Songs of Women
Ces chants secrets des femmes ou Nu Shu que
nous venons d’entendre sont comme des cartes tracées à l’abri des regards. Ils
nous rappellent que l’histoire des femmes est souvent une histoire de
résistance et d’invisibilité. Et c’est justement ce que nous allons explorer
aujourd’hui, en commençant par celles qui ont dessiné le ciel et le temps : les premières cartographes du temps et des astres.
Ciel et temps : les premières cartographes du temps et
des astres
Pour commencer
cette traversée féministe, levons les yeux vers le ciel…
Et regardons qui, pendant des siècles, a dessiné notre rapport au temps, aux
astres, aux directions. Avant même de tracer des cartes sur le papier, il a
fallu apprendre à lire le ciel, à compter les jours, à mesurer les saisons. Et
là aussi, des femmes ont joué un rôle essentiel, souvent oublié, souvent
effacé.
Commençons
en Chine, il y a presque deux mille ans, au Ier et IIe siècle de notre ère. À la cour
impériale des Han, une femme se distingue par son savoir et son influence : Ban
Zhao. Elle vient d’une grande famille de lettrés. Son père, Ban Biao, et
son frère, Ban Gu, ont travaillé à une immense histoire officielle de la
dynastie Han. À la mort de son frère, c’est elle qui reprend le manuscrit et
achève le Livre des Han, qui retrace l’histoire d’un empire.
Mais Ban
Zhao ne fait pas qu’écrire l’histoire. Elle supervise aussi des volumes de chronologie et
participe au traité d’astronomie, au cœur des calculs calendaires impériaux. À
cette époque, établir un calendrier précis, c’est vital : pour l’agriculture,
les impôts, les rituels, et pour montrer que l’empereur est en accord avec le
ciel. Ban Zhao corrige, explique, enseigne. Elle devient même préceptrice au
palais, formant l’impératrice et les dames de la cour aux classiques… et aux
sciences du ciel.
Dans un
monde où les femmes n’ont presque jamais voix au chapitre politique, Ban Zhao
trace une autre forme de carte : une carte du temps. Le calendrier, les cycles des
astres, l’histoire des dynasties… peuvent aussi être racontés par une femme.
Dans ses Préceptes pour les femmes, elle défend l’idée d’instruire les
filles, affirmant que l’éducation est nécessaire autant pour elles que pour les
garçons. Femme de son temps, elle glisse pourtant une critique discrète mais
ferme contre l’ignorance imposée aux femmes. Elle écrit :
« Si les filles restent dans l’ignorance, ce n’est pas parce qu’elles sont
incapables d’apprendre, mais parce qu’on ne leur en donne pas la possibilité. »
Ban Zhao, c’est
une femme qui, sans quitter vraiment le palais, a cartographié le temps et
l’ordre du monde. Une
voyageuse immobile, mais essentielle.
Flowing Water (Gao Hong, guqin)
Quittons
maintenant la Chine impériale pour le monde arabo-musulman, où une autre femme, Mariam al-Astrolabiya, va marquer l’histoire des cartes du ciel.
Au Xe
siècle, à Alep, en plein âge d’or islamique : on traduit les textes grecs, on
invente de nouveaux outils mathématiques, on perfectionne les instruments
d’astronomie. Là, une autre silhouette de femme apparaît, presque en
filigrane : MariamV al-Astrolabiya une stronome.
Mariam est
la fille d’un artisan spécialisé dans la fabrication des astrolabes. L’astrolabe,
c’est un disque de métal gravé qui permet de mesurer la position des
étoiles, de connaître l’heure, d’orienter les voyageurs, de calculer la
direction de La Mecque : une carte du ciel que l’on tient dans la main. Elle
apprend ce métier exigeant : découpe du métal, calcul des angles, gravure des
constellations, ajustement des plaques, qui demandent des compétences fines en
mathématiques, astronomie et métallurgie de précision.
Son talent
est tel qu’elle est engagée par l’émir Sayf al-Dawla à Alep. Imaginez la scène : dans un atelier
de la cité, une femme fabrique des instruments qui servent à des savants, des
voyageurs, des navigateurs, contribuant à améliorer la navigation et les
techniques de mesure du temps. De Mariam, nous n’avons que quelques lignes
: pas de traité signé, pas de portrait officiel, seulement la mention de ses
astrolabes réputés. Mais son existence suffit à renverser un cliché : oui,
au Xe siècle, dans le monde arabo-musulman, une femme pouvait maîtriser les
instruments les plus sophistiqués pour lire le ciel et guider les routes.
Ban Zhao et Mariam al-Astrolabiya… Deux femmes, deux mondes, près de mille ans les séparent. Et pourtant, un même geste : tenter de mettre de l’ordre dans l’espace et dans le temps. Cartographier le monde, alors même que leur propre place dans ce monde reste fragile, précaire, souvent effacée.
Lamma Bada Yatathanna – Amina Bensouda
Après le ciel et le calendrier, la Terre et voyages : cartes symboliques, cité
rêvée, monde parcouru
Cartographier, ce n’est pas
seulement mesurer des distances : c’est aussi représenter le monde, le cosmos,
la place des êtres humains, parfois avec des cartes très concrètes, parfois
avec des images symboliques et des villes imaginaires.
Au XIIe siècle, dans les monastères d’Europe, des femmes dessinent déjà le monde à leur manière. Hildegarde de Bingen, abbesse bénédictine, compose de grands schémas cosmiques dans ses livres de visions, comme le Scivias ou le Livre des œuvres divines. Elle y représente l’univers comme un œuf ou une sphère, l’homme inscrit au cœur du cosmos, dans un jeu de cercles, de couleurs et de forces qui relient le macrocosme et le microcosme. Ce ne sont pas des cartes pour voyageurs, mais de véritables cartes théologiques du monde créé : une manière de dire comment tout s’ordonne, du ciel jusqu’à l’être humain.
Hildegard von Bingen : Improvisation sur "O quam mirabilis"
Hildegard von Bingen n’est pas la seule à avoir dessiné des cartes du monde invisible…
À la même époque,
une autre abbesse, Herrade de Landsberg, dirige le couvent de Hohenbourg, au mont
Sainte-Odile, et supervise la réalisation d’un manuscrit extraordinaire : l’Hortus
Deliciarum, le "Jardin des délices". C’est une encyclopédie
chrétienne illustrée, la première connue écrite et coordonnée par une femme,
qui rassemble textes, images, schémas du monde, zodiaque, cartes symboliques,
diagrammes reliant Dieu, la Terre et l’histoire humaine. Herrade insiste sur
l’exactitude des images : rose des vents, figures du monde sous forme
humaine, liens entre les éléments et le corps. Là encore, on ne trace pas des
frontières politiques, mais on dessine une vision d’ensemble du monde : qui le
structure, qui le sauve, qui y trouve sa place.
Ces "cartes" d’Hildegarde et d’Herrade sont spirituelles, encyclopédiques. Elles ne servent pas à se repérer sur les routes, mais à se repérer dans l’univers : où est l’homme, où est Dieu, comment tout cela tient ensemble. C’est une autre façon, profondément médiévale, de cartographier le réel.
Hildegard von Bingen – Ordo virtutum
Les femmes du Moyen Âge ont
tracé bien plus que des cartes géographiques.
Dans de
nombreux monastères médiévaux, des femmes issues de familles nobles participent
à la copie et à l’illustration de manuscrits qui contiennent des mappemondes et des cartes
symboliques. Certaines enlumineuses dessinent des terres, des fleuves, des
villes dans des bibles ou des atlas religieux, sans jamais être créditées, mais
leur travail façonne pourtant la manière dont les communautés se représentent
le monde.
D’autres
femmes interviennent comme scribes ou traductrices de textes géographiques arabes,
grecs ou latins, contribuant à la circulation des savoirs cartographiques en
Europe. Dans les royaumes ibériques notamment, des couvents féminins
conservent, copient et financent des manuscrits scientifiques qui auraient pu
disparaître sans leur soutien discret.
Parmi ces silhouettes souvent anonymes, certaines laissent quand même filtrer un nom. Des nobles comme Constance de Castille financent la traduction et la copie de manuscrits scientifiques et géographiques de l’arabe vers le latin, permettant leur diffusion dans les milieux lettrés chrétiens. Sans ces mécènes, une partie des cartes et des traités de géographie qui circulent ensuite dans les universités et les chancelleries n’auraient tout simplement pas été préservés. Des princesses espagnoles ou italiennes soutiennent aussi des expéditions maritimes au XVe siècle : elles n’apparaissent pas sur les cartes, mais leur argent rend ces voyages, et donc ces cartes, possibles.
Florence B. Price "Adoration" | Nova Orchester Wien | William Garfield Walker
Cette ‘Adoration’, nous
rappelle que l’histoire est aussi faite de ces voix et de ces mains qui, sans
toujours laisser leur nom, ont façonné le monde. Et parmi ces voix, il en est
une qui, quelques siècles plus tard, a osé prendre la plume pour tracer une
cité où les femmes auraient enfin leur place…
En effet, à
la toute fin du Moyen Âge, à Paris, au début du XVe siècle, une femme veuve et
mère de famille prend la plume pour gagner sa vie : Christine de Pizan.
Elle écrit
des poèmes, des traités, des textes politiques, et surtout un livre unique : Le
Livre de la Cité des dames. Elle y imagine une ville symbolique entièrement
habitée par des femmes. Philosophes, reines, savantes, artistes : elle les
installe sur les remparts, sur les places, dans les rues. Elle trace une
carte mentale où les femmes ne sont plus des silhouettes anonymes, mais des
bâtisseuses de la cité.
À une époque
où les universités sont fermées aux femmes, Christine ne peut pas signer
d’atlas ni dresser de cartes géographiques. Alors elle cartographie autrement : elle dessine un
espace imaginaire qui affirme "Nous avons une place, une histoire, des
droits." Sa Cité des dames est une carte politique et symbolique : un
territoire de papier pour rendre visibles celles que les chroniques officielles
oublient.
« Je veux montrer que les femmes ne sont pas des créatures défectueuses, mais capables de raison, de courage et de vertu autant que les hommes. »
La Rotta - une danse médiévale
La Cité des Dames, nous rappelle que les femmes ont
aussi imaginé des espaces où elles pouvaient exister pleinement. Mais au XVIIIe
siècle, une autre aventure commence : celle de Jeanne Baret, qui va parcourir le monde... en secret.
En effet au
XVIIIe siècle, changement total d’ambiance. On quitte les manuscrits enluminés pour embarquer sur
un navire de la Marine royale. C’est l’époque des grandes expéditions autour du
globe. À bord du voyage de Bougainville, un homme attire l’attention : le
botaniste Philibert Commerson. Avec lui, voyage son "valet". Ce
valet s’appelle en réalité Jeanne Baret. C’est une femme.
Les
règlements interdisent aux femmes d’embarquer sur les navires de la Marine
royale. Jeanne se
travestit en homme pour monter à bord. Pendant le tour du monde, elle collecte
des milliers d’échantillons de plantes, explore des rivages inconnus des
Européens, observe, note, classe. Elle participe à une immense cartographie
du vivant, mais ni les cartes officielles ni les journaux de bord ne portent
son nom : ils retiennent surtout celui de Commerson, de Bougainville, des
officiers.
Longtemps,
son rôle a été minimisé : on la décrit comme servante, compagne, presque anecdote. En réalité, sans
elle, une part des collections botaniques de l’expédition n’aurait pas vu le
jour. Jeanne Baret est la première femme connue à avoir accompli un tour du
monde, tout en restant invisible sur les cartes de son époque.
« Je n’ai pas parcouru le monde pour qu’on oublie mon nom au détour d’une page de journal de bord. »
J. S. Bach - Bourrée BWV 996 - Evangelina Mascardi, baroque lute
Jeanne Baret a tracé sa route à
travers le monde bien avant que les cartes ne portent son nom. Mais son
aventure n’est qu’un début…
Et tandis
que certaines femmes arpentent la planète, d’autres, au siècle suivant, vont
cartographier le monde par les équations et les expériences.
Émilie du
Châtelet,
mathématicienne et physicienne française, joue un rôle clé dans la diffusion de
la pensée de Newton en Europe, en traduisant et en commentant les Principia
et en refaisant elle-même les calculs. Ses travaux, souvent publiés sous le
nom ou avec la caution de Voltaire et d’autres savants, ont longtemps été
minimisés ou attribués aux hommes de son entourage, alors qu’elle participe
pleinement à la grande "mise en carte" scientifique du monde, entre
gravitation, astronomie et géométrie de la Terre.
« Je suis
née avec un goût insatiable pour la vérité ; ce goût ne connaît ni sexe, ni
rang, ni privilège. »
Au XIXe
siècle, Mary Somerville relie astronomie, physique, géographie dans des ouvrages de référence qui
influencent explorateurs et cartographes. Par ses livres, elle offre aux femmes
un accès indirect aux grandes découvertes.
« On m’a
souvent demandé comment une femme pouvait se consacrer aux sciences. Je réponds
: comment pourrait-elle s’en passer, lorsqu’elle a de l’esprit et de la
curiosité ? »
Cette question – 'comment une
femme pourrait-elle se passer des sciences ?' – résonne comme un écho à travers
les siècles. Elle nous rappelle que la curiosité n’a pas de genre, et que le
savoir, comme la musique, transcende les frontières. Pour célébrer cette soif
de connaissance et ces voix qui ont osé défier les conventions, écoutons 'La
Llorona' de Chavela Vargas. Une chanson qui, comme les vies de ces femmes, mêle
force et vulnérabilité, colère et passion, et qui nous parle de ces larmes trop
souvent ignorées par l’Histoire.
Chavela Vargas – La Llorona
Chavela Vargas nous rappelle que l’histoire est aussi faite de
ces femmes qui ont refusé de se taire, qui ont tracé leur chemin malgré les
obstacles. Leurs cartes ne sont pas toujours dessinées sur du parchemin ou
gravées dans le marbre. Parfois, elles prennent la forme d’un livre, d’une cité
imaginaire, d’un herbier, ou même… d’une chanson.
Avec Hildegarde de Bingen et Herrade de Landsberg, nous avons vu
des femmes dessiner des cartes du cosmos et du savoir : des diagrammes du
monde, du ciel, de la place de l’homme et de Dieu. Avec Christine de Pizan, une
ville imaginaire donne enfin un lieu aux femmes dans l’espace symbolique. Avec
Jeanne Baret, une femme traverse réellement le globe, au prix d’un
travestissement, pour contribuer à la découverte de nouveaux territoires.
Entre cosmos dessiné, cité rêvée et planète parcourue, une même
question revient : si les femmes ne signent pas les cartes, qu’elles soient
spirituelles, politiques ou géographiques, est-ce qu’elles existent vraiment
aux yeux de l’histoire ?
Cette question, comme une mélodie obsédante, résonne à travers
les siècles. Elle nous rappelle que l’histoire a souvent été écrite par celles
et ceux qui détenaient le pouvoir… et les plumes. Mais les femmes, même
absentes des cartes officielles, ont laissé des traces ailleurs : dans les
équations, les livres, les partitions, les récits oraux.
Le Caprice
à la boléro de Clara Wieck-Schumann, une compositrice dont le génie a
longtemps été éclipsé par celui de son époux, Robert Schumann. Une pièce où la
rigueur presque mathématique le dispute à la passion, comme pour nous rappeler
que les femmes ont toujours su allier précision et audace.
Clara Wieck-Schumann, 4 Pièces caractéristiques op. 5 - II. Caprice à la boléro
Même quand on ne les voit
pas, les femmes ont toujours été là. Elles ont calculé, observé, écrit,
enseigné… et parfois, comme Clara Schumann, composé des œuvres qui ont marqué
leur temps. Leur héritage ne se trouve pas toujours sur les cartes, mais il est
bien réel.
Et si certaines, comme Hildegarde ou Christine de Pizan, ont
dessiné des mondes imaginaires ou spirituels, d’autres, comme Mary Somerville,
ont choisi de cartographier le monde tel qu’il est : avec des chiffres, des
lois physiques, et une détermination sans faille.
Au XIXᵉ siècle, Mary Somerville, mathématicienne et astronome
écossaise, publie On the Connexion of the Physical Sciences, puis un
grand traité de géographie physique. Ses synthèses relient astronomie,
physique, météorologie, géographie et aides à la navigation, et deviennent des
références majeures pour les savants et les explorateurs. Par ses livres, elle
offre aux femmes un accès indirect aux grandes découvertes et influe sur la
manière dont on « lit » la Terre et le ciel.
En reliant les sciences entre elles, Mary Somerville a redessiné les
contours du savoir. Elle a montré que les femmes pouvaient non seulement
comprendre le monde, mais aussi en écrire les lois. Et si elle a ouvert des
portes, d’autres femmes, dans d’autres domaines, ont dû les enfoncer pour
imposer leur présence.
Aretha Franklin : Respect.
Une chanson qui, comme le travail de Mary Somerville, exige qu’on écoute, qu’on
reconnaisse, et qu’on accorde enfin aux femmes la place qu’elles méritent.
Aretha Franklin – Respect
Le savoir, comme la dignité, ne se mendie pas, il se conquiert. Mary Somerville l’a fait par les équations et les traités scientifiques. Mais la conquête du monde invisible ne se limite pas aux étoiles et aux lois physiques. Il est des territoires bien plus mystérieux, bien plus profonds, où d’autres femmes ont dû lutter pour faire émerger ce que personne ne voyait encore.
Bloc 3 – Mer et profondeurs : dessiner l’invisible
Après les
manuscrits enluminés et les tours du monde, plongeons dans un territoire
longtemps invisible : les fonds marins. Pendant des siècles, les cartes se sont contentées de
dessiner les côtes, les ports, quelques lignes pour les routes de navigation. Sous
la surface, c’était du blanc, du vide, du terra incognita. Là aussi, des
femmes vont jouer un rôle clé pour faire apparaître ce qu’on ne voyait pas.
Nous sommes
au XXe siècle, aux États-Unis. Marie Tharp, géologue et cartographe, travaille à
l’Observatoire Lamont, près de New York. Dans les années 1950, elle reçoit des
colonnes de chiffres : des mesures de profondeur prises par des navires qui
sillonnent l’Atlantique. Interdite de bord parce qu’on considère encore
qu’une femme porte malheur sur un bateau de recherche, elle reste à terre… et
transforme ces chiffres en cartes.
Trait après
trait, profil après profil, elle dessine le relief du fond de l’océan. Et là, surprise : au milieu de
l’Atlantique, apparaît une immense chaîne de montagnes, creusée d’une vallée
centrale continue. Une dorsale, avec un rift, qui semble séparer le plancher
océanique en deux. Ce que Marie a sous les yeux, c’est la preuve visuelle de
la tectonique des plaques en action.
Quand elle
montre ses premières cartes, certains collègues balayent son interprétation : "trop
fantaisiste", de la "girl talk", des "dessins
de fille" qui ressemblent trop aux théories hérétiques de la dérive
des continents. Mais les données s’accumulent, les profils se confirment,
les campagnes en mer et même les films de Cousteau finissent par corroborer
l’existence de cette vallée au milieu de la dorsale. Peu à peu, la
communauté scientifique doit l’admettre : ce que cette femme a dessiné à partir
de colonnes de chiffres, c’est l’ossature invisible des océans.
« On disait
que c’était du “girl talk”. Pourtant, les chiffres ne mentaient pas : la vallée
était là, sous l’Atlantique, qu’on le veuille ou non. »
Marie Tharp donne littéralement un visage au fond des mers. Elle remplit un vide cartographique d’un paysage de montagnes, de failles, de plaines abyssales. Pourtant, pendant longtemps, son nom reste derrière celui de ses collègues masculins, Bruce Heezen en particulier, sur les grandes cartes publiées. Encore une fois : les hommes signent, la femme fait apparaître le monde.
Aquarium – Camille Saint-Saëns (quatuor féminin)
Marie Tharp a ouvert une
porte sur un univers inconnu. Mais si elle a dessiné les contours des abysses
depuis son bureau, une autre femme a décidé d’y plonger pour en explorer les
secrets par elle-même… Sylvia Earle
En effet, quelques
années plus tard, une autre femme refuse de rester à terre. Sylvia Earle, océanographe
américaine, décide d’aller voir elle-même ce que cachent ces cartes. Elle
plonge, pilote des submersibles, bat des records de profondeur – jusqu’à plus
de 300 mètres dans une combinaison expérimentale à la fin des années 1970. Elle
devient l’une des grandes figures de l’exploration des océans et la première
femme à diriger la NOAA, l’agence océanique américaine.
Sylvia Earle
n’est pas cartographe au sens classique : elle ne trace pas de cartes topographiques comme
Marie Tharp. Mais elle explore, décrit, filme les écosystèmes sous-marins.
Forêts de kelp, récifs coralliens, mangroves, plaines abyssales : ses missions
et son programme Mission Blue visent à identifier des "Hope
Spots", des zones à protéger en priorité. Elle
"cartographie" un autre type d’espace : celui de la fragilité du
vivant et des interconnexions vitales de la planète.
Quand elle parle de l’océan, elle répète que "sans bleu, pas de vert, et sans vert, pas de nous" : si l’on efface ces zones des cartes de la protection, c’est toute la carte de la vie qui se défait. Dessiner le monde, ce n’est plus seulement écrire des noms de pays, c’est comprendre les courants, les zones de reproduction, les endroits où la vie tient encore.
14 Aurora – Running With The Wolves –
3mn38
Marie Tharp
et Sylvia Earle l’ont compris très tôt : les cartes ne sont jamais neutres,
elles peuvent éclairer, protéger, sauver des vies… ou au contraire condamner
des espèces entières à disparaître. Elles nous rappellent que dessiner le
monde, c’est aussi choisir le monde que l’on veut laisser aux générations
futures.
Marie Tharp
fait surgir des montagnes et une vallée au fond de l’Atlantique à partir de
simples colonnes de chiffres. Sylvia Earle, elle, plonge pour raconter ces
paysages sous-marins et alerter sur leur destruction. Deux façons, encore, pour
des femmes de dessiner l’invisible : l’une avec des crayons et des
données, l’autre avec des plongées et des récits.
Toutes deux nous montrent que ce qu’on ne voit pas – les abysses, les courants, les écosystèmes – est souvent ce qui tient le monde en place. Tant que certaines voix restent au fond, dans l’ombre, nos cartes, elles aussi, restent incomplètes.
15 Nadia Boulanger – Duo pour violon et
piano – 8mn45
Nadia
Boulanger, pédagogue exceptionnelle, a formé des générations de musiciens,
souvent des hommes, tout en restant elle-même dans l’ombre. Son duo pour violon
et piano, comme son enseignement, nous rappelle que les femmes ont souvent été
les architectes invisibles de la culture et du savoir. Et cette invisibilité,
nous la retrouvons aussi dans nos villes, où les femmes ont façonné les espaces
sans toujours en être les autrices reconnues.
Bloc 4 – Villes, données et luttes féministes :
cartographier l’espace urbain
Après avoir
exploré le ciel, la terre et les profondeurs des océans, il reste un territoire
à questionner : celui que nous arpentons chaque jour. La ville. Les trottoirs, les parcs, les
places, les transports… Des espaces qui paraissent familiers, mais qui sont en
réalité le résultat de choix, de normes, de cartes dessinées par certains, pour
certains. Alors posons une question simple : qui a le droit de dessiner la
ville ? Qui décide où l’on marche, où l’on s’arrête, où l’on se sent en
sécurité ?
4.1 Les géographes féministes : qui a le droit à la
ville ?
À partir des
années 1980, des chercheuses comme Mona Domosh, aux États-Unis, ou Sophie
Body-Gendrot, en France, commencent à poser des questions qui vont tout
bouleverser.
Pourquoi les
femmes évitent-elles certains quartiers la nuit ? Pourquoi les bancs publics, les
stations de métro ou les parcs sont-ils si mal adaptés à celles et ceux qui
poussent une poussette, un fauteuil roulant, ou qui portent des courses ?
Pourquoi les statistiques sur le harcèlement, les agressions, les accidents ne
figurent-elles jamais sur nos plans de ville ?
Ces géographes
féministes montrent que la ville n’est pas neutre. Elle est dessinée, aménagée, nommée
en fonction de ceux qui ont historiquement occupé l’espace public : des hommes,
valides, souvent motorisés. Elles parlent d’urbanisme genré, de droit à la
ville, et font apparaître d’autres cartes : cartes des trajets nocturnes,
cartes des zones d’insécurité, cartes des lieux où les femmes se sentent
exclues. Pour la première fois, on voit ce que les plans officiels ne
montrent jamais.
Mona Domosh, par exemple, a contribué à une véritable historiographie féministe de la géographie, en montrant comment l’espace domestique et urbain reproduit les rapports de pouvoir. Sophie Body-Gendrot, elle, a travaillé sur les violences urbaines et l’irruption de "nouveaux acteurs" dans la ville, analysant comment certaines populations – notamment les femmes et les minorités – sont plus exposées aux risques et moins prises en compte par les politiques publiques. Leurs travaux ouvrent une nouvelle façon de voir : la carte n’est pas un simple outil technique, c’est un miroir des inégalités.
Clara Luciani – La grenade
L’espace urbain n’est pas neutre. Et c’est justement ce que les géographes féministes comme Mona Domosh ou Sophie Body-Gendrot ont mis en lumière : la ville est un miroir des inégalités. Mais comment rendre visibles ces injustices ? C’est ce que nous allons voir avec les cartes du harcèlement de rue.
4.2 Cartographier les violences : des données pour
agir
Dans la
foulée, des collectifs, des associations, des militantes s’emparent de la
cartographie numérique pour transformer les témoignages en cartes. Des plateformes comme SafeCity,
en Inde, permettent aux femmes de signaler anonymement les lieux de harcèlement
de rue : un incident isolé devient un point, puis une constellation, puis un
argument politique impossible à ignorer.
SafeCity, lancée par le Red Dot Foundation,
recueille depuis des années des milliers de témoignages dans plusieurs villes
d’Inde, mais aussi au Népal ou au Kenya. Les données servent à identifier
les "hotspots" de harcèlement – rues mal éclairées, arrêts de
bus, parkings – et à demander plus de patrouilles, plus de lumière, plus de
protection. D’autres applications comme My Safetipin ou Himmat
fonctionnent sur le même principe : la carte participative devient un outil
de pression sur les autorités.
En France, des initiatives associatives et des baromètres publics sur le harcèlement de rue commencent à cartographier les zones à risque grâce aux signalements des citoyennes. Ces cartes ne sont pas faites pour faire peur, mais pour prouver ce que les femmes disent depuis longtemps : l’espace public n’est pas neutre, l’insécurité n’est pas un accident, elle est structurée. Et une fois qu’elle apparaît sur la carte, il devient plus difficile de fermer les yeux.
Angèle – Balance ton quoi
Après Balance ton quoi d’Angèle, on entend bien cette colère qui
traverse les siècles : celle de devoir sans cesse prouver ce que les femmes vivent
au quotidien.
Cette colère, on la retrouve chez les militantes qui
cartographient aujourd’hui le harcèlement de rue… mais aussi chez une femme du
XIXe siècle, qu’on n’attend pas forcément sur ce terrain : Florence
Nightingale. Elle a très vite compris qu’on peut utiliser les chiffres et les
cartes pour rendre l’injustice impossible à ignorer.
Florence Nightingale est connue comme infirmière, mais elle est
aussi une pionnière des graphiques statistiques. Pendant la guerre de Crimée,
elle collecte des données sur les causes de mortalité et conçoit des diagrammes
– dont le fameux polar area diagram – ainsi que des cartes sanitaires qui
rendent visibles les ravages des maladies évitables. Ses visualisations, à la
fois rigoureuses et très lisibles, finissent par convaincre le gouvernement
britannique de réformer l’hygiène dans les hôpitaux : des chiffres bien mis en
forme, des cartes bien dessinées, deviennent des armes de réforme sociale.
« Les chiffres parlent quand on les met en ordre. Mon devoir
était de les faire parler pour celles et ceux qui n’avaient pas de voix. »
Cette phrase résume le fil rouge qui relie Florence Nightingale aux cartes du
harcèlement de rue : la cartographie des données ne sert plus seulement à
décrire le monde, mais à le transformer.
Les chiffres parlent, oui, mais seulement quand on leur donne la
parole. Florence Nightingale l’a compris il y a près de deux siècles, et
aujourd’hui, des femmes aux quatre coins du monde continuent de le rappeler :
les données ne sont pas neutres, elles peuvent être des armes de justice… ou
des outils d’oppression. Pour célébrer cette lutte pour une science féministe
et décolonisée, écoutons Canción sin miedo de Vivir Quintana, devenue un hymne
féministe contre les féminicides et les violences faites aux femmes : une
chanson qui, comme les cartes militantes, refuse la peur et exige la vérité,
transformant les chiffres en cris de révolte et les silences en cartes de
résistance.
Vivir Quintana – Canción sin miedo
De Florence Nightingale à Vivir Quintana, en
passant par les militantes qui cartographient le harcèlement de rue
aujourd’hui, une même question traverse les époques : comment utiliser les
données pour rendre visible l’invisible ? Nightingale l’a fait avec des
graphiques sanitaires, les féministes contemporaines avec des cartes
interactives. Le data féminisme, lui, nous invite à aller plus loin : et si les
données elles-mêmes pouvaient devenir un outil de justice sociale ?
4.3 Data féminisme : réécrire l’histoire avec des
cartes
Enfin, des
projets comme Data Feminism, portés par Catherine D’Ignazio et Lauren F.
Klein, montrent que les données elles-mêmes sont une forme de pouvoir. Qui collecte les données ? Sur qui
? Pour quoi faire ? Ces autrices proposent d’appliquer la pensée féministe
intersectionnelle à la science des données, en révélant les biais cachés
derrière la prétendue neutralité des chiffres.
Dans cet
esprit, des collectifs utilisent la cartographie participative pour recenser les savoirs féminins,
les lieux de mémoire, les figures oubliées du patrimoine. Des cartes en ligne
répertorient par exemple les rues portant des noms de femmes, les maisons où
ont vécu des artistes, des militantes, des scientifiques, ou les lieux de
luttes féministes. Ces cartes ne se contentent pas de décrire le monde :
elles le réécrivent en redonnant une place à celles qui en ont été effacées.
Le data
féminisme rappelle que les données "ne parlent jamais toutes seules". Il faut demander : données par qui,
sur qui, contre qui, pour qui ? Et, à travers ces questions, la carte
devient un outil pour redistribuer le pouvoir de nommer, de montrer, de rendre
visible.
« Les données ne sont jamais neutres : elles reflètent les choix de celles et ceux qui les collectent et ce qu’ils décident de rendre visible ou invisible. »
Anne Sylvestre – Juste une femme
De Ban Zhao aux collectifs numériques d’aujourd’hui, une même
histoire se dessine : les femmes ont toujours contribué à la façon dont on
comprend et dont on dessine le monde, mais leurs noms ont souvent disparu des
cartes. Aujourd’hui, les géographes féministes, les développeuses
d’applications et les militantes du data féminisme nous rappellent que dessiner
le monde, c’est aussi se battre pour l’égalité.
Leurs cartes donnent à chacune et chacun le droit de tracer sa
route, de dire « ici, j’ai ma place », et parfois même de redessiner la carte
entière. Pour célébrer cette réappropriation du monde, ces voix enfin
entendues, écoutons Les filles, les meufs de Marguerite : une chanson qui, avec
son humour et sa colère, affirme que les femmes n’ont pas à demander la
permission pour exister et pour dire : « Nous sommes là, et nous redessinons le
monde !
Marguerite – Les filles, les meufs
Marguerite, avec cette chanson, nous lance un défi : et nous,
qu’est-ce qu’on fait, concrètement, pour redessiner le monde ? Les femmes dont
nous avons parlé aujourd’hui ont tracé des cartes, écrit des livres, collecté
des données… mais le combat ne s’arrête pas là. À nous maintenant de prendre le
relais, de rendre visibles celles qui le sont encore trop peu et de faire en
sorte que les cartes de demain reflètent enfin la diversité de celles et ceux
qui les habitent. Conclusion – Redonner un "droit de cité"
Nous voici au terme de notre traversée. De Ban Zhao à Mariam
al-Astrolabiya, de Christine de Pizan à Jeanne Baret, de Marie Tharp à Sylvia
Earle, des géographes féministes aux collectifs qui cartographient les
violences, une même histoire apparaît : les femmes ont toujours participé à la
façon dont on comprend et dont on dessine le monde, mais leurs noms manquent
trop souvent sur les cartes. Leurs trajectoires restent en marge, reléguées en
note de bas de page ou effacées tout à fait.
L’enjeu, aujourd’hui, ce n’est pas seulement de
"rajouter" quelques noms de femmes dans les manuels. C’est de
reconnaître qu’il y a eu un véritable effacement : des cartes du ciel sans les
astronomes qui ont calculé le temps, des cartes des mers sans les géologues qui
ont dessiné les dorsales, des cartes des villes sans celles qui les arpentent
chaque jour, des cartes des savoirs sans celles qui les ont fait avancer.
Alors, quelles cartes voulons-nous pour demain ? Des cartes qui
reconduisent les mêmes angles morts, les mêmes silences… ou des cartes qui
laissent enfin une place à toutes et tous ? La prochaine fois que vous
regarderez un plan de métro, un atlas ou une application de navigation,
posez-vous ces questions : qui a dessiné cette carte ? qui y est représenté ?
et surtout… qui en est absent ?
Après avoir voyagé ensemble à travers ces récits de femmes qui
ont osé dessiner leur monde, n’oublions pas : chaque femme, chaque fille,
chaque personne marginalisée a le droit de tracer sa propre route, de dessiner
sa propre carte et de revendiquer sa place dans l’histoire.
Ces récits, ces voix, ces cartes redessinées nous rappellent que
l’histoire n’est jamais figée : elle se trace, se réinvente, se partage. Et si
aujourd’hui nous avons suivi les chemins de celles qui ont osé dessiner le
monde à leur manière, demain, ce seront peut-être les vôtres que nous suivrons.
Pour clore ce voyage, écoutons la Cello Sonata d’Augusta Holmès, une
compositrice longtemps restée dans l’ombre dont l’œuvre, comme celles des
femmes que nous avons évoquées, mérite d’être redécouverte et célébrée. Une
musique qui, par sa profondeur et sa grâce, nous rappelle que chaque note,
chaque trait, chaque voix compte dans la grande symphonie de l’histoire.
Musique finale : Cello Sonata – Augusta Holmès
Et pour clore aujourd’hui, quoi de mieux que l’hymne qui a accompagné les suffragettes dans leur combat pour le droit de vote ? Une musique qui, comme les récits que nous avons partagés, est à la fois un cri de ralliement, un appel à l’action, et un rappel que les luttes pour l’égalité ne s’arrêtent jamais.
Ethel Smyth – « March of the Women ».

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